Les Calanques, patrimoine écologique et social

 

Archétype même de l'habitat vernaculaire marseillais, le cabanon donne à voir tout un pan méconnu de l'histoire de la citée phocéenne et de ses calanques, dont l'occupation humaine depuis plusieurs siècles a abouti à l'émergence d'un écosystème social inédit, véritable patrimoine immatériel.

Si les calanques constituent un patrimoine naturel unique, y pénétrer offre aussi une plongée dans l'histoire de Marseille, de ses origines à nos jours. Sanctuaire préhistorique, village de pêcheurs, cabanons de villégiature et photos instagrammables se télescopent pour évoquer les mouvements et les tumultes de la plus ancienne ville de France. Si aujourd'hui toutes les calanques souffrent d'une surfréquentation touristique, elles ont longtemps été préservées grâce à leur inaccessibilité et à la volonté de ses habitants qui, inconsciemment, avaient une vision proto-écologique.

Grandioses, puissantes, minérales et anciennes, les calanques sont le fruit d'une longue sédimentation. Le calcaire des massifs, issu de l'accumulation d'organismes morts sur des millions d'années, est 'incarnation de la « nécromasse noétique » formulée par Bernard Stiegler, avec lequel j'avais eu une magnifique conversation sur l'écologie sociale à Sormiou. Cette région de collines rocheuses escarpées et de garrigues battues par les vents, où s'engouffre la mer Méditerranée, incarne la puissance du temps long et la force sereine de la nature, et domine Marseille par le sud, qui s'étend à ses pieds.

An archetypal example of Marseille's vernacular habitat, the cabanon reveals a little-known part of the history of the city and its calanques, where human occupation over several centuries has led to the emergence of an unprecedented social ecosystem, a veritable intangible heritage.

While the calanques constitute a unique natural heritage, entering them also offers an insight into the history of Marseille, from its origins to the present day. Prehistoric sanctuaries, fishing villages, holiday cabins and Instagrammable photos telescope to evoke the movements and tumult of France's oldest city. Today, all the calanques are over-visited by tourists, but they have long been preserved thanks to their inaccessibility and the will of their inhabitants, who unconsciously had a proto-ecological vision.

Grandiose, powerful, mineral and ancient, the calanques are the result of a long process of sedimentation. The limestone of the massifs, resulting from the accumulation of dead organisms over millions of years, is the embodiment of the “noetic necromass” formulated by Bernard Stiegler, with whom I had a wonderful conversation on social ecology at Sormiou. This region of steep rocky hills and windswept garrigue, where the Mediterranean Sea rushes in, embodies the power of time and the serene force of nature, and dominates Marseille from the south, which stretches out at its feet.


UNE PRÉSENCE HUMAINE

DE COSQUER À LA RENAISSANCE

Les traces archéologiques de la présence humaine dans les calanques sont rares. Cependant, l'homme les a fréquenté dès la Préhistoire, comme en témoignent les silex retrouvés dans la grotte de la Trémie. Plus célèbre, la grotte Cosquer, redécouverte en 1987 par le plongeur Henri Cosquer, se situe au bout de la calanque de Sormiou, par 37 mètres de fond. Les hommes préhistoriques ont laissé sur les parois de la caverne des peintures rupestres, témoignages de la faune qui vivaient alors dans les environs durant l'âge de glace, comme des bouquetins, des cerfs, des aurochs, des pingouins ou encore des phoques.

Si Marseille été fondée par les Grecs de Phocée en 600 avant J.-C., la région était toutefois peuplée par la tribu celte des Segobriges. Ils entretenaient une présence aux portes des calanques, et des marins fréquentaient le littoral pour la pêche et le cabotage. Certains vallons servaient également à l'agriculture, ou étaient aménagés en carrières, exploitées par les Grecs puis par les Romains. Une activité pastorale intense a probablement été pratiquée, et explique sans doute en partie la déforestation du massif, qui lui donne encore aujourd'hui son aspect aride. On trouve pourtant peu de vestiges d'une occupation permanente des calanques, avant la construction vers 1300 de quelques tours de guet, destinées à surveiller la côte et prévenir Marseille de l'arrivée des Sarrasins et des redoutables Aragonais, coupables du sac de la ville en 1423.

La région était autrefois peuplée par la tribu celte des Segobriges

A HUMAN PRESENCE

FROM COSQUER TO THE RENAISSANCE

Archaeological traces of human presence in the calanques are rare. However, man has frequented them since prehistoric times, as evidenced by the flints found in the Trémie cave. The more famous Grotte Cosquer, rediscovered in 1987 by diver Henri Cosquer, lies at the end of the Calanque de Sormiou, at a depth of 37 metres. Prehistoric man left cave paintings on the walls, testifying to the fauna that lived in the area during the Ice Age, including ibex, deer, aurochs, penguins and seals.

Although Marseille was founded by the Greeks of Phocaea in 600 BC, the region was also inhabited by the Celtic tribe of Segobriges. They maintained a presence at the gates of the calanques, and sailors frequented the coastline for fishing and coastal trading. Certain valleys were also used for agriculture, or were developed as quarries, exploited by the Greeks and then the Romans. Intense pastoral activity was probably practised, and no doubt partly explains the deforestation of the massif, which still gives it its arid appearance today. There is little evidence of permanent occupation of the calanques, however, before the construction of a few watchtowers around 1300 to keep an eye on the coast and warn Marseille of the arrival of Saracens and the dreaded Aragonese, who sacked the city in 1423.

The region was once inhabited by the Celtic Segobriges tribe.


À LA CROISÉE DE LA PROVENCE FOLKLORISÉE ET DE L'INDUSTRIALISATION DES CALANQUES

Cette présence militaire se renforce à l'époque moderne, avec la construction de plusieurs batteries, et se poursuit encore aujourd'hui grâce au camp militaire de Carpiagne, implanté au cœur du massif. Ce n'est cependant que dans les années 1870, à la croisée de l'industrialisation de Marseille et de l'émergence d'une conscience provençale, que les calanques sont de nouveau fréquentées et que les villages de cabanons prennent leur essor. C'est à ce moment là que la typologie architecturale du cabanon prend forme.

Le petit village de pêcheurs de Sormiou, aux cabanons caractéristiques, est né à une période charnière pour Marseille et la Provence. Au XIXe siècle les calanques s'industrialisent et la France se centralise, alors qu'émerge, comme en contrefeu, une conscience provençale moderne, portée par les Félibres et par l'école de Marseille, premier mouvement de peinture régionaliste. Les pêcheurs du village de Mazargues, aujourd'hui un quartier du sud de Marseille, se rendent à Sormiou pour tirer parti des eaux poissonneuses des calanques. Ils y bâtissent des cabanons, pour y ranger leur matériel, et y dormir si nécessaire. En marge de cette utilisation économique de la calanque, quelques passionnés s'y rendent également pour profiter du paysage. Parmi eux, des peintres, représentants de l'école provençale, parmi lesquels on peut compter Jean-Baptiste Olive ou Raphaël Ponson. Cet attrait pour le paysage provençal est typique de l'école marseillaise de peinture, qui se caractérise par un regard défiant à l'encontre de l'industrialisation. Ils apprennent à représenter avec exactitude des savoir-faire locaux, et notamment tout l'attirail du pêcheur des calanques, comme le girelier. C'est cette idée de la Provence que Cézanne ou Van Gogh vont rejoindre, à la suite des peintres de l'école de Marseille.

Alors que le cœur du massif demeure désert, le littoral s'émaille peu à peu de routes, en bordure desquelles sont bâties des usines chimiques pour produire du plomb, du soufre ou de la soude (comme aux Goudes ou à la Madrague). Les cheminées rampantes, typiques de l'industrie des calanques, apparaissent pour déplacer les zones d'expulsion des fumées toxiques. En raison de leur accès difficile, Sormiou et Morgiou n'ont pas été industrialisées. On ne pouvait en effet s'y rendre qu'à pieds ou à dos d'ânesse.

À partir du XXe siècle, les rares passionnés qui côtoyaient les pêcheurs sont bientôt suivis par de plus en plus de promeneurs. Cet engouement est notamment suscité par différentes associations de randonnée, comme les Excursionnistes marseillais. Dès les années 1890, des refuges et des sentiers pédestres sont aménagés à travers tout le massif.

AT THE CROSSROADS OF FOLKLORIZED PROVENCE AND THE INDUSTRIALIZATION OF THE CALANQUES

This military presence was reinforced in modern times, with the construction of several batteries, and continues to this day, thanks to the Carpiagne military camp in the heart of the massif. However, it wasn't until the 1870s, at the crossroads of Marseille's industrialization and the emergence of a Provençal consciousness, that the calanques were once again frequented and cabanon villages began to flourish. It was then that the architectural typology of the cabanon took shape.

The small fishing village of Sormiou, with its characteristic cabanons, was born at a pivotal time for Marseille and Provence. In the 19th century, the calanques were becoming industrialized and France was becoming centralized, while a modern Provençal consciousness was emerging, driven by the Félibres and the Marseille School, the first regionalist painting movement. Fishermen from the village of Mazargues, now a district in the south of Marseille, travelled to Sormiou to take advantage of the calanques' fish-filled waters. They built cabins to store their equipment and sleep in if necessary. Alongside this economic use of the calanque, a few enthusiasts also go there to enjoy the landscape. Among them were painters of the Provencal school, including Jean-Baptiste Olive and Raphaël Ponson. This attraction to the Provencal landscape is typical of the Marseilles school of painting, which is characterized by a defiant view of industrialization. They learned to accurately depict local know-how, and in particular all the fishing gear of the calanques, such as the girelier. It was this idea of Provence that Cézanne and Van Gogh were to join, following in the footsteps of the painters of the Marseilles School.

While the heart of the massif remains deserted, the coastline is gradually being enamelled with roads, alongside which chemical plants are being built to produce lead, sulfur or soda (as at Les Goudes or La Madrague). Creeping chimneys, typical of the Calanques industry, appear to relocate the areas where toxic fumes are expelled. Sormiou and Morgiou were not industrialized due to their difficult access. They could only be reached on foot or by donkey.

From the twentieth century onwards, the rare enthusiasts who used to rub shoulders with the fishermen were soon followed by more and more walkers. This craze was fostered by various hiking associations, such as the Excursionnistes marseillais. By the 1890s, refuges and footpaths had been built throughout the massif.

SORMIOU, LIEU DE VILLÉGIATURE POPULAIRE AU XXE SIÈCLE

L’octroi de congés payés par quelques capitaines d’industrie philanthropes, puis les lois de 1936, entraînent la naissance de la société de loisirs qui triomphera au cours des trente glorieuses. Dès l’entre-deux-guerres, et bien davantage encore après les années 1940, la calanque de Sormiou devient un lieu de villégiature pour des marseillais modestes, qui n’ont pas les moyens d’aller trop loin pendant leurs congés. Ils s’y rendent entre amis ou en famille, et construisent leurs propres cabanons. La pêche s’y pratique encore beaucoup. Ces petites maisons prennent d’ailleurs au XXe siècle leur forme actuelle, celle d’un habitat modeste, organisé autour d’une pièce centrage, généralement surmontée d’une mezzanine et couverte d’un toit à un seul pan, destiné à faciliter la récolte de l’eau de pluie.

La rusticité architecturale des cabanons et leur situation dans un cadre naturel quasi intact inspirent à partir des années 1920 des théoriciens et des architectes adeptes de l’architecture héliotrope et du Sud. Attirés par la simplicité de ces constructions vernaculaires, des créateurs du mouvement moderne, à l’image du Corbusier ou d’Eileen Gray, concevront ainsi à leur tour des habitats similaires, en pleine nature et avec le concours de petits métiers locaux. La sobriété de cette forme de bâti rejoint d’ailleurs l’approche rationaliste et utilitaire de l’architecture du Corbusier.

Alors que l’usage de Sormiou pour un usage purement récréatif se renforce, la pêche, du moins en tant qu’activité économique, décline puis disparait dans le courant des années 1950. À partir de la fin de cette décennie, Sormiou compte plus de 150 cabanons, chiffre figé depuis le classement des calanques en 1975. À cette même époque, les associations d’usagers et les comités locaux prennent un rôle central dans le processus de classification des calanques.

SORMIOU, A POPULAR 20TH-CENTURY RESORT

The granting of paid vacations by a few philanthropic captains of industry, followed by the laws of 1936, led to the birth of the leisure society that would triumph during the thirty glorious years. From the inter-war years onwards, and even more so after the 1940s, the Calanque de Sormiou became a vacation spot for modest Marseillais who couldn't afford to go too far during their vacations. They went there with friends or family, and built their own cabanons. There's still a lot of fishing going on. In the 20th century, these little houses took on their current form, that of a modest dwelling organized around a centered room, generally topped by a mezzanine and covered with a single-panel roof, designed to facilitate rainwater harvesting.

From the 1920s onwards, the architectural rusticity of the cabins and their location in an almost untouched natural setting inspired theorists and architects who were followers of heliotropic and southern architecture. Attracted by the simplicity of these vernacular constructions, the creators of the modern movement, such as Le Corbusier and Eileen Gray, would in turn design similar dwellings, in the middle of nature and with the help of local tradesmen. The sobriety of this type of building is in keeping with the rationalist, utilitarian approach of Le Corbusier's architecture.

While the use of Sormiou for purely recreational purposes increased, fishing, at least as an economic activity, declined and then disappeared during the 1950s. By the end of that decade, Sormiou had more than 150 cabanons, a figure that had remained unchanged since the Calanques were classified in 1975. At the same time, user associations and local committees took on a central role in the calanques classification process.

LES NOUVEAUX ENJEUX DU XXIE SIÈCLE :

SURFRÉQUENTATION ET PATRIMONIALISATION

Dès le XIX siècle, les cabanons deviennent un écosystème social à part. Un vocabulaire propre aux calanquais a survécu jusqu'à aujourd'hui, notamment à travers tout un glossaire de la pêche (pêche au girelier, pêche à la totène...), et des usages et coutumes se développent, comme les concours de pêche. Sormiou, isolée en raison de son accès difficile, n'est accessible aux voitures qu'en 1957, grâce à la construction d'une étroite route. La volonté de protéger les calanques survient très tôt. Dès les années 1960, les cabanoniers renoncent à électriser les bâtisses et à faire venir l'eau courante, afin d'éviter tout développement urbain néfaste à la calanque. À la même époque, émerge aussi la demande aux autorités de ne plus faire déboucher les égouts dans l'eau des calanques, vers Cortiou, sans succès jusqu'ici. Fixée et organisée dans l'après-guerre, cette conscience écologique précoce devance les politiques publiques de protection des calanques et la création du parc national en 2012.

À la fin du XX siècle, les calanques sont de plus en plus fréquentées, que ce soit pour la randonnée, la baignade ou l'escalade. Jusqu'à 2000 personnes se rendent à Sormiou chaque jour pendant l'été, et tous les ans des millions de touristes arpentent les vallons et se baignent dans les eaux fraîches du massif. La surfréquentaiton entraîne une difficulté d'accès au massif et surtout à ses criques et plages. Les quelques routes que les voitures peuvent emprunter et les parkings les plus proches, comme à Sormiou, à Luminy ou à Callelongue, sont continuellement engorgés. Les bruits des estivants, et parfois de la musique, modifient également en profondeur l'expérience de visite et de contemplation du parc national, en rendant moins audibles les sons de la nature et de la mer. Cette popularité du lieu le met en danger : depuis les années 1980, trois incendies ont par exemple ravagé Sormiou, la privant de sa pinède, et il y a régulièrement des départs de feu entre Marseille et Cassis. Le phénomène récent de marchandisation du paysage, apparu sur les réseaux sociaux et notamment sur Instagram, est une autre problématique qui peut entrainer la dégradation des lieux visités, en raison d'un afflux massif de touristes, et qui pousse parfois les autorités à prendre des mesures drastiques, comme l'atteste par exemple la fermeture de la source de la Durance au public. Le surcroît de publicité suscité par des influenceurs participe en effet à l'engorgement du parc national, et peut même attirer un public peu averti, surpris par l'âpreté des sentiers et par la fraîcheur de l'eau.

Paradoxalement, la classification des calanques entraîne également l'étiolement du mode de vie lié au cabanon. Il apparaît en effet qu'une vision de la nature hors de l'Homme puisse condamner à moyen terme toute intervention humaine dans les calanques, y compris des constructions qui appartiennent au patrimoine marseillais. Ainsi, le Lunch, bâtiment témoin de toute l'histoire des cabanons à Sormiou, a été détruit en 2019. Deux cabanons, qui empiétaient sur la plage, ont également été démolis. Pourtant, il nous semble que cette volonté de retour à la nature et à la pureté pré-anthropocène est illusoire et artificielle. L'Homme n'est en effet jamais vraiment coupé de son environnement et a toujours été présent dans les calanques. Il est une part d'un écosystème, et, à ce titre, les cabanons de Sormiou ou de Morgiou sont les dernières incarnations d'un habitat vernaculaire qui était autrefois visible à Malmousque, aux Goudes ou encore à Maldormé. Cet habitat fait partie de l'histoire de Marseille, et constitue non seulement un témoignage architectural unique, mais aussi le résultat et le cadre d'un écosystème social profondément lié à la géographie et à la nature non seulement des calanques mais aussi de toute la ville. À l'heure où la cité phocéenne connaît de profondes mutations, peut-être est-il temps de réévaluer l'histoire des cabanons et de la relation entre les Marseillais et les calanques.

THE NEW CHALLENGES OF THE 21ST CENTURY :

OVER-ATTENDANCE AND PATRIMONIALIZATION

From the 19th century onwards, the cabanons became a social ecosystem in their own right. A vocabulary specific to the Calanquais has survived to the present day, notably in the form of a glossary of fishing terms (girelier fishing, totène fishing, etc.), and customs such as fishing competitions have developed. Sormiou, isolated due to its difficult access, only became accessible to cars in 1957, thanks to the construction of a narrow road. The desire to protect the calanques arose very early on. As early as the 1960s, the cabanoniers decided not to electrify their buildings or bring in running water, in order to avoid any urban development harmful to the calanque. At the same time, they also asked the authorities to stop draining the sewers into the water of the calanques, towards Cortiou, without success to date. Established and organized in the post-war period, this early ecological awareness preceded public policies to protect the calanques and the creation of the national park in 2012.

In the late 20th century, the Calanques became increasingly popular for hiking, swimming and climbing. Up to 2,000 people visit Sormiou every day in summer, and every year millions of tourists wander the valleys and bathe in the cool waters of the massif. This overcrowding makes access to the massif, and above all to its coves and beaches, difficult. The few roads that cars can use and the nearest parking lots, such as those at Sormiou, Luminy and Callelongue, are continually congested. The noise of summer visitors, and sometimes music, also profoundly alters the experience of visiting and contemplating the national park, making the sounds of nature and the sea less audible. The park's popularity also puts it at risk: since the 1980s, for example, three fires have ravaged Sormiou, depriving it of its pine forest, and fires regularly break out between Marseille and Cassis. The recent phenomenon of the commodification of the landscape, which has appeared on social networks and Instagram in particular, is another problem that can lead to the degradation of the places visited, due to a massive influx of tourists, and which sometimes pushes the authorities to take drastic measures, as evidenced, for example, by the closure of the Durance spring to the public.

The extra publicity generated by influencers contributes to the overcrowding of the national park, and can even attract an uninformed public, surprised by the ruggedness of the trails and the coolness of the water.

Paradoxically, the classification of the calanques also entails the erosion of the cabanon way of life. Indeed, it seems that a vision of nature without man could, in the medium term, condemn all human intervention in the calanques, including buildings that are part of Marseille's heritage. For example, Le Lunch, a building that bears witness to the entire history of the cabanons at Sormiou, was demolished in 2019. Two cabanons encroaching on the beach have also been demolished. However, it seems to us that this desire to return to nature and pre-anthropocene purity is illusory and artificial. Man has never really been cut off from his environment, and has always been present in the calanques. He is part of an ecosystem, and as such, the cabanons of Sormiou or Morgiou are the last incarnations of a vernacular habitat that was once visible in Malmousque, Les Goudes or Maldormé. This habitat is part of Marseille's history, and constitutes not only a unique architectural testimony, but also the result and framework of a social ecosystem profoundly linked to the geography and nature not only of the calanques, but of the entire city. At a time when the city of Marseille is undergoing profound change, perhaps it's time to reassess the history of the cabanons and the relationship between the people of Marseille and the calanques.

 
Elie Chich